Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 8 juil, 2012 dans Musique | commentaires

I Can See The Future [Eleni Mandell]

Quand j’écoute Eleni Mandell, je repense toujours à cette critique d’Artificial Fire (2009) que Sébastien Benoît avait faite à je ne sais plus quelle émission. Je crois que c’était durant les deux mois où Musique Plus a essayé de redevenir une chaîne sérieuse et avait réengagé Anne-Marie Withenshaw. Si je me souviens bien (mais peut-être pas), elle invitait des personnalités publiques, pas nécessairement spécialistes, à discuter d’albums durant plusieurs minutes. Il y avait place au débat. Sébastien Benoît avait dit alors que malgré le fait qu’il pouvait concéder rationnellement que c’était de la bonne musique, il s’endormait et s’emmerdait royalement.

Aujourd’hui je me dis que s’il s’endormait déjà sur Artificial Fire, l’album le plus électrique et éclectique de Mandell, I Can See the Future lui ferait se tirer une balle dans la tête. Mais bon, c’est pas lui qui en parle, c’est moi. Et moi, Eleni Mandell ne m’a jamais endormi, même quand elle chantait vraiment pas fort à propos de suivre un truck de sel dans la nuit pour être sûr(e) de ne pas déraper.

Je trouve ça beau. Tsé, à l’époque, j’étais aussi le genre de gars à essayer de te convaincre que Mano Solo, c’était pas de la musique « depress ». J’ai toujours eu un petit côté emo, je pense, et ce côté emo est comblé quand j’écoute les chansons subtiles et délicates d’Eleni Mandell.

Sur I Can See the Future, elle délaisse l’appareillage électrique qui faisait la spécificité de son précédent album (la guitare de Jeremy Drake était extraordinaire) et nous revient avec des pièces beaucoup plus épurées et une ambiance générale qui se rapproche de Miracle of Five. Mais pas tant que ça, parce qu’on sent une fragilité et une intimité qui était absente de sa production jusqu’alors. Juste pour être clair : bien sûr qu’elle a toujours fait de la musique très « intime » (je ne connais pas ses tous premiers albums par contre, alors…), mais c’est la première fois que ses chansons m’apparaissent si directes, d’un point de vue musical autant que langagier. Par exemple, on peut comparer une petite valse comme « Girls », sur Miracle of Five avec la très jolie « Desert Song », mais on sent tout de suite, en les écoutant une après l’autre, qu’on est ailleurs. Il y a une présence, dans I Can See the Future, que je n’avais jamais sentie avant, celle d’Eleni Mandell elle-même, me racontant de façon très simple et dénuée de fioritures ce qu’elle a vécu ces dernières années : rupture amoureuse difficile, début de maternité, des choses comme ça. Il y a une mélancolie inédite dans cet album, il me semble : celle de la chanson autobiographique, celle qui s’adresse beaucoup à un « you » dont l’absence est aussi douloureuse qu’inspirante. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les belles pièces country à la guitare slide sont aussi présentes que les arrangements de cordes ultra léchés.

Évidemment, Mandell n’est pas en train de virer Richard Abel et elle conserve tout son petit côté étrange et décalé qui me plaît beaucoup, tout en faisant semblant de rien. Comme la plupart de ses disques, I Can See the Future va prendre du temps à explorer correctement et après quelques écoutes, tout ce que je peux dire, c’est que je sais qu’il en vaudra la peine. Plusieurs des chansons ont attiré mon attention immédiatement, comme la belle et accrocheuse « Looking to Look For », qui démontre bien à quel point Mandell sait ce qu’elle fait et s’amuse à faire de la musique même si elle fait de la musique qui n’amuse pas tout le monde.

Dans le clip de « Magic Summertime », on peut la voir danser et passer un été merveilleux en super 8 avec son vrai ex qui a accepté de se prêter au jeu de la fiction, alors que la fille qui part avec lui à la fin est en fait l’ex du réalisateur du clip, Jeff Martin. Beau quartet. Il me semble que c’est un bon résumé de ce qu’est I Can See the Future, qui mérite notre attention, et à long terme, pour comprendre comment la souffrance, la guérison, la peine, s’y agencent et s’y marient. Parce que si on gratte le bobo, on arrive à quelque chose de beau et de neuf.

Mais mets-le pas en musique de fond, je veux dire, c’est sûr que tu vas t’endormir.



Commentaires

  1. Bill Murray dit :

    Bien aimé ce « Salt Truck » d’Eleni Mandell, en fait presqu’autant que ton appréciation imagée de « Salt Truck »

%d blogueurs aiment cette page :