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Publié par le 5 juil, 2012 dans Bande dessinée | commentaires

Coups de coeur BD [Partie 2 – Europe]

J’ai découvert Lewis Trondheim grâce aux aventures de Lapinot. Cette série met en vedette des personnages d’animaux attachants (un Lapinot mou et pur, un Richard drôle et énervant). L’humour de Lewis Trondheim me plaît, de même que la construction de ses albums. Ces histoires avancent et rebondissent et tous les fils se rattachent à un moment ou à un autre. Le petit plus qui m’a tout à fait charmée, c’est que l’auteur ne se gêne pas pour changer d’époque d’un album à l’autre. Les personnages changent de vies et d’emplois, mais pas de personnalité. À voir: Vacances de Printemps (19e siècle romantique), Black town (western), Walter (à la manière de Sherlock Holmes) et Pichenettes (avec hallucinations).

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Manu Larcenet fait partie des maîtres de la bande dessinée européenne issus des années 90 avec Trondheim, Joann Sfarr (Le Chat du rabbin) et Blutch. Après s’être fait connaître en participant à Fluide glacial, Larcenet devient grand public avec des séries comme Les Cosmonautes du futur et Donjons (j’aime!). Je ne saurais trop vous recommander Le combat ordinaire, quatre tomes autobiographiques qui donnent par moment dans la réflexion philosophique sans que ce soit moralisateur ou faussement profond. Wow. Manu Larcenet  laisse respirer ses personnages, il les laisse vivre.

Et ce qui m’enthousiasme le plus, c’est Blast, une série qui comprendra trois mégatomes de 200 pages, dont les deux premiers sont déjà parus. Blast, c’est l’histoire de Polza Mancini, écrivain de 38 ans, qui lâche tout pour se rendre à l’île de Pâques à pied. De prime abord incompréhensible, ce personnage obèse et chauve devient rapidement fascinant. Larcenet montre sa grande humanité dans ce récit et réussit une description fine et sensible du déséquilibre mental. Les planches sont principalement en noir et blanc (avec effet aquatique), seuls les passages où Polza vit un blast sont en couleur (si je me souviens bien). L’auteur utilise des dessins d’enfants qu’il intègre à ces planches où Polza dérape. À cause d’une progression plutôt lente et d’une précision dans le récit de Polza, son déséquilibre mental n’apparaît pas étranger, n’apparaît pas bizarre. Il est compréhensible parce que l’on suit pas à pas le cheminement du personnage, ce blast qu’il a vécu à la mort de son père jusqu’à son parcours d’itinérance, dans le bois et à la ville.

Aussi:

Un blogue original, qui ne donne pas une bonne idée du travail de Manu Larcenet, mais qui est intéressant à explorer, des petits flashs.

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Un autre grand maître de la bande dessinée qui n’a pas besoin de présentation est Blutch. C’est un bonheur de suivre un artiste au sommet de son art quand il décide de s’investir dans un projet plus personnel. Dans le cas de Blutch, le projet mature est une série de recueils de dessins magnifiques, troublants qui prouvent hors de tout doute la maîtrise de leur auteur. Ils mettent en scène des femmes et des hommes dans des décors oniriques inquiétants. On y trouve plusieurs procédés qui appartiennent au domaine du rêve: les échos d’un dessin à l’autre, la sensualité mêlée à l’inquiétant ou à l’interdit. Les deux recueils s’intitulent La Beauté et La Volupté, chez Futuropolis.

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Mon patron au Spoon Cafe à Édimbourg m’avait dit un jour:

Never have children, they ruin your life!

Mark Renton dans Trainspotting a aussi dit:

It’s SHITE being Scottish! We’re the lowest of the low, the scum of the fucking earth, the most wretched, miserable, servile, pathetic trash that was ever shat into civilization. Some people hate the English, I don’t. They’re just wankers. We, on the other hand, are colonized by wankers. We can’t even find a decent culture to be colonized by. We are ruled by effete arseholes. It’s a shite state of affairs to be in, Tommy! And all the fresh air in the world won’t make any fucking difference!

Ces deux citations sont emblématiques d’un des côtés de l’esprit écossais, un côté chialeux, négatif, décomplexé, politiquement très incorrect, pessimiste, acide. L’artiste qui me rappelle le plus ce trait national est sans aucun doute David Shrigley. Natif de Glasgow, cet artiste visuel expose et publie des dessins et des textes drôles, absurdes, déprimants et noirs. J’aime quand la laideur du trait appuie son propos. J’aime quand il ridiculise l’existence humaine. J’aime quand il est tout simplement bête et vulgaire. À découvrir tranquillement si on ne veut pas sentir l’arrière-goût.

Coups de coeur BD – Partie 1



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