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Publié par le 31 mai, 2012 dans Théâtre | commentaires

Mais qui est Philippe Katerine? [OFFTA – Théâtre d’Aujourd’hui]


Groupe Bec-de-Lièvre

Mise en scène : Catherine Vidal

Collectif de créateurs : Dany BoudreaultBelinda Campbell, Renaud Lacelle-Bourdon, Simon Lacroix, David Lafrance, Ève Landry, Olivier Morin, Francis Rossignol et Christian E. Roy
Éclairages : Martin Sirois

Je ne connais pas beaucoup Philippe Katerine. Je ne possède aucun de ses albums, je ne l’ai jamais vu en spectacle non plus. Son univers sonore, visuel et langagier me fascine de loin, j’aime bien regarder ses nombreux clips sur YouTube, comme La Reine d’Angleterre ou Juifs Arabe, et les linker sur Facebook parce que je les trouve drôles et que, me semble-t-il, ils contiennent peut-être une sorte de message secret qu’on comprend ou qu’on ressent si on veut bien se donner la peine de creuser sous l’apparente et déconcertante simplicité. C’est ce que je retiens le plus de son travail, une impression, en tant que spectateur/auditeur, d’être à la fois inclus et exclus, de voir où il veut en venir et en même temps de m’en faire passer une. Pas parce que je suis idiot, au contraire: parce que je suis dans la suranalyse constante. Suranalyse de sa posture provocatrice, suranalyse de sa posture anti-intellectuelle, etc.

Photo: Julie Artacho

Bien sûr, en allant voir hier soir Mais qui est Philippe Katerine? conceptualisé par Catherine Vidal et son groupe de créateurs-comédiens, je ne m’attendais pas à avoir des réponses à mes questions sur le personnage médiatique et l’artiste qu’est P. Katerine. Je savais (c’est écrit dans le programme de toute façon) qu’on allait plutôt relancer l’interrogation et tenter de la « mettre en scène ». Et c’est exactement ce que fait le très court spectacle, c’est-à-dire illustrer, en plusieurs tableaux (des chansons de Katerine; des extraits d’entrevues; de courts témoignages du principal intéressé, le tout interprété par les comédiens qui s’échangent les rôles allègrement), les différentes incarnations de P. Katerine, au fil du temps. Après un extrait de chanson, on ouvre avec le souvenir d’une fugue de jeunesse, récité par un comédien affublé du look « sportif-vintage-glam » des dernières années, et on clôt sur un extrait d’une entrevue accordée par le chanteur à Richard Martineau, aux Francs-tireurs. Entre les deux, beaucoup de musique, beaucoup de délire aussi.

Au cours des 45 minutes que dure le spectacle, on assiste à la formation et à la consécration d’une posture ambiguë, intouchable, inatteignable, surtout dans son rapport aux médias, aux critiques et aux sacro-saintes attentes d’un public qui parfois ne sait plus où donner de la tête. Il n’est pas question ici, je le répète, d’expliquer Philippe Katerine, mais plutôt de s’amuser avec lui, dans une sorte d’effort de complicité et de symbiose, aux dépens des gens (rationnels, pragmatiques) qui cherchent à le comprendre et à le « caser », que ce soit dans la tradition de la chanson française ou dans l’histoire de l’art.

Le problème avec un concept comme celui-là, à mon point de vue, ce n’est pas qu’il y ait très peu d’éléments de réponses à la question posée en titre, mais qu’il y ait très peu de « texte » inédit et, à partir de là, très peu de réelle interrogation qui viendrait de la tête des créateurs eux-mêmes. Construit presque exclusivement sur le principe du collage, le spectacle avance en superposant les citations de Katerine ou de ses intervieweurs, mais ne « dit » rien, ou quasiment rien. Au-delà de la parole de Katerine, il n’y a rien d’autre que l’interprétation de celle-ci par les comédiens, leur incarnation personnelle de l’artiste. En fait, le seul passage qui n’est pas une citation arrive justement dès le début, alors que les participants arrêtent le monologue de leur collègue pour lui demander pourquoi il a « switché au québécois ». Ce qui mène à une discussion à bâton rompu à propos du fait d’incarner, d’imiter, ou d’interpréter une figure comme Philippe Katerine. À part ça, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Je comprends qu’il ne faut pas se lancer dans des interprétations absconses de ce que le chanteur cherche ou ne cherche pas à faire, qu’il s’agit ici de se retrouver sur un autre plan, mais ça n’aurait pas empêché (par exemple) d’essayer de dénicher des moments où les personnalités ou les postures de P. Katerine semblent contradictoires ou problématiques. Des moments vraiment instables où, à l’intérieur même du discours qu’il tient sur lui-même et sur son œuvre, il y a des fissures qui apparaissent et des contre-sens qui s’opèrent.

Photo: Julie Artacho

Ceci dit, c’est un spectacle qui fonctionne, dans la mesure où ces 45 minutes où on entre dans l’univers de Katerine sont également jubilatoires. On sent une réelle fascination pour le personnage dans la façon dont ces jeunes comédiens cherchent à investir son corps, ses mimiques, ses styles. Ils (et elle) le font bien, avec talent et abandon. Les imitations d’animateurs de télé comme Richard Martineau et Laurent Ruquier, sont également très jouissives, elles sont justes et drôles.

Sans parler des chansons de Katerine, mises en valeur par des interprétations originales assez réussies dans l’ensemble, malgré la dissonance de la guitare. Mais on sait bien que ça serait un peu ridicule de jouer du Katerine sur une guitare trop bien accordée.

À propos de Daniel Grenier


Daniel a déposé récemment sa thèse de doctorat en études littéraires à l’UQAM. Spécialisé en fiction américaine, il s’intéresse à la représentation du personnage de romancier dans la fiction. En avril 2012, il a publié aux éditions Le Quartanier un premier recueil de nouvelles intitulé MALGRÉ TOUT ON RIT À SAINT-HENRI. Dans le cadre de sa participation à MMEH, il couvrira surtout la littérature québécoise, et agira à titre d’antenne à Québec, où il vient de s’installer.



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