Bug [Théâtre La Licorne]

Jusqu’au 9 juin 2012
J’ai vu il y a quelques années le premier spectacle du théâtre À qui mieux mieux. Les comédiens nous présentaient alors une pièce rentre-dedans qui donnait envie de boire un verre sans trop parler (Israël Horowitz, Le Baiser de la veuve). À qui mieux mieux récidive avec Bug, une pièce tout aussi inconfortable, mais, à mon sens, moins dérangeante, du dramaturge et acteur américain Tracy Letts.
Résumé de la pièce :
Dans la chambre d’un motel miteux vit une femme brisée. Son entourage, une amie serveuse et un ex-mari tout juste sorti de prison, n’aide pas à redonner un sens à sa vie. Puis, elle tombe dans les bras d’un vétéran de la guerre du Golfe, mystérieux, inquiétant, mais tout de même tellement différent des autres, ceux qu’elle fuit désormais. Mais leur aventure se complique lorsqu’ils découvrent des insectes dans la chambre qu’ils partagent.
Bug ressemble d’abord à l’une de ces bonnes vieilles histoires de chambre de motel. Le décor est réaliste : un ameublement sommaire, un cadre particulièrement laid, une lampe à abat-jour jauni. Un air country accompagne l’entrée en scène d’une femme habillée en serveuse sexy: Agnès. Les talons haut de ses bottes s’enfoncent dans la garnotte autour du motel. – L’équipe de production s’est sans doute donné bien du mal pour amener ces voyages de caillou à La Licorne, mais elle a bien fait. La garnotte évoque autant le clabord de vinyle que le tapis malodorant des établissements de ce genre. Elle résume la mauvaise qualité du motel. – Agnès vient à peine d’entrer chez elle que déjà elle enfile les vêtements mous qu’elle ne quittera plus.
Son apparence physique ira de mal en pis dans ce qui s’avère être une histoire de dépendance à la drogue et à l’alcool, mais surtout à l’affection. Marc-François Blondin et Émilie Gauvin défendent avec aplomb cet attachement entre un homme traumatisé et une femme perdue. Le personnage de Jerry (Antoine Bertrand) effraie en même temps qu’il fait rire. Marika Lhoumeau est attachante et juste dans la peau de l’amie au toupet crêpé. Le personnage de Docteur Sweet (Philippe Lambert) n’est pas clair, on se demande ce qui se cache derrière ce professionnalisme scientifique, mais c’est peut-être parce qu’on se questionne sur ce qu’il fait là tout seul.
Pas facile de transmettre la paranoïa à un public sobre, surtout qu’il aurait besoin d’une loupe pour paniquer. La montée du suspense est tout de même bien orchestrée pour une bonne partie de la pièce, dommage qu’elle s’étiole quand la situation se précise, ce qui à mon avis arrive trop tôt. Certains revirements réussissent à créer l’ambiguïté, on en aurait pris plus. Je ne les décris pas, allez voir par vous-mêmes, ça vaut le coup.
Bug donne envie de prendre une douche, d’enfiler un pyjama neuf et de boire une camomille.
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