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Publié par le 27 mai, 2012 dans Théâtre | commentaires

Nathan [Conservatoire d'art dramatique - FTA2012]

Crédit: Ben Welland

Je suis sortie de de la pièce Nathan hier soir et j’ai eu envie de marcher. De respirer un peu d’air et de prendre mon temps. Parce que dès le tout début de la pièce, c’est un déferlement de mots, de personnages et d’idées qui nous sont balancées en plein visage à une vitesse folle. Et ça ne cessera qu’environ trois heures plus tard. On en sort gavé de noms, de dates, de lieux, de chiffres, de données diverses, de toutes les informations qui ponctuent ce récit complexe qui s’étend sur plusieurs décennies. Je laisse l’équipe du FTA vous résumer la pièce:

De l’Amérique comme brûlure
Il n’est plus qu’un cerveau, un cœur et deux poumons maintenus en vie dans une cuve de solution saline. Nathan Bénédict, s’enorgueillissant d’avoir glorieusement réussi son autocombustion, a connecté son encéphale aux ordinateurs de l’hôpital. Il arrive ainsi à contraindre personnages et acteurs à raconter l’histoire de l’Amérique à travers la grotesque et grouillante saga d’incestes, de meurtres et de forfaitures qu’il prête à l’ascendance de sa famille d’intellectuels stériles et dévoyés.

C’est en effet une histoire très sombre qui se déroule ici et qui met en scène une tare familiale qui se perpétue de génération en génération. Récits d’inceste, de viol, de kidnapping, de fuites, de souvenirs enfouis, de secrets. Le tout commence dans une ambiance extrêmement lourde alors que Nathan nous explique d’où part cette histoire sordide. Il est à l’hôpital, victime d’une autocombustion souhaitée afin de finir le cycle des monstres générés par cette lignée incestueuse. Sa mort est nécessaire à la rédemption. Sa famille est présente et chacun prendra la parole pour ajouter petit à petit les éléments qui construisent cette improbable épopée.

En trois heures, il s’en dit des choses, il s’en passe aussi beaucoup et le rythme est si effréné que l’on doit solidement s’accrocher pour être certain de ne rien perdre. Le texte est débité dans un  grand sentiment d’urgence, chaque comédien met ses tripes sur scène et nous accroche par ce ton impératif qui exige l’écoute. Par chance, la pièce s’entrecoupe de moments très drôles où les comédiens redeviennent comédiens, c’est-à-dire qu’on s’amuse à rompre les conventions établies pendant le spectacle, et on décroche volontairement afin se s’adresser au public ou encore parler entre eux et, souvent, voire très souvent, s’envoyer promener l’un l’autre. Par exemple, un des personnages est exaspéré de participer à ce projet et nous ramène toujours dans notre réalité de public en pointant des éléments du décor ou encore en nommant les comédiens. C’est extrêmement rafraîchissant et permet de faire décanter le mélange entre texte-fleuve (et parfois pompeux), moments ludiques et autodérision.

À plusieurs reprises, j’ai eu sincèrement l’impression d’assister à quelque chose de réellement très fort, de grand, de sentir une cohésion incroyable entre les comédiens et les trouver tous extraordinaires. Mais je mentirais de passer sous silence mon impatience envers certaines parties du texte qui n’en finissaient plus, particulièrement vers la fin de la pièce, un 45 minutes qui m’a achevée. En fait, je n’aurais pas mis d’entracte et j’aurais continué afin de ne pas faire de coupure entre la première et la seconde partie. À mon sens, cela aurait aidé la compréhension de cette finale pour le moins chargée et enchevêtrée.

Qu’à cela ne tienne, tout – de la scénographie aux comédiens, des jeux d’éclairage aux accessoires – est brillant, le texte est formidablement intelligent, même si incroyablement long et – oui le mot reviendra souvent, j’imagine – verbeux. Il s’agit là d’une création originale qui laisse des traces, ne serait-ce que pour décortiquer tout ce qui nous a été offert, mais aussi pour réfléchir à nos propres histoires de famille, nos croyances, nos secrets peut-être… J’ajouterais que j’ai beaucoup pensé au recueil de nouvelles Atavismes de Raymond Bock publié au Quartanier où l’on y décrit aussi une Amérique pervertie et sombre aux souillures familiales multiples.

MonThéâtre.qc.ca était aussi présent 

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