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Publié par le 26 mai, 2012 dans Théâtre | commentaires

(M)imosa – Twenty Looks or Paris Is Burning at the Judson Church [5ème salle – FTA 2012]

Danseuse: Cecilia Bengolea
Crédit photo: Paula Court

25, 26 mai 2012

Ils sont quatre sur scène. Ils, elles, peu importe, car tout se mélange. En fait, ils ne sont d’abord pas sur scène, mais bien dans le public. On les remarquera peut-être par leurs costumes éclatants: les talons fluorescents de l’une, la folle tignasse noir jais de l’autre. Tout à coup, la demoiselle à l’intense chevelure enlève son veston de cuir et s’élance sur scène, seins nus. Commence alors une étonnante chorégraphie.

Danse hystérique, répétitive, chevaline. La danseuse tape des pieds, court, fait des faciès indéfinissables, se tord, nous regarde intensément. On serait même porté à se dire que ce n’est pas de la danse. De la non-danse? En effet. C’est la première à entrer à scène pour affirmer que son nom est : Mimosa Ferrera. Car, chacun(e) leur tour, ils viendront revendiquer ce titre.

Dans un format cabaret plutôt bordélique, ils feront tour à tour des interventions entrecoupées de passages des autres danseurs – sur scène ou même dans la salle carrément parmi le public –  qui cherchent, ici et là, des costumes, en lançant des phrases en l’air, comme pour eux-mêmes. Des éléments de leur spectacle sont placés un peu partout dans la salle, sous les sièges des spectateurs. (J’ai d’ailleurs eu l’occasion de me faire pousser par une des interprètes qui cherchait ses talons hauts sous mon siège.)

C’est touffu, rempli, chargé et on en perds des bouts, assurément. Notre regard passe constamment de la scène aux coulisses où les autres se changent, passent, dansent, parlent. C’est à la fois déstabilisant, amusant et mélangeant. Il y a tout de même une trame linéaire avec les numéros qui se suivent les uns après les autres, mais on ne sait jamais à quoi s’attendre: tout change en l’espace de quelques secondes et le public est toujours sur le qui-vive.

On aborde une foule de sujets complexes dans ce spectacle. Des questions d’identité sexuée d’abord, qui se posent d’elles-mêmes par les corps qui nous sont présentés. La définition binaire femme/homme s’efface ici pour laisser place à des êtres sexués, mais qui se plaisent à prendre l’un ou l’autre sexe ou en créer de nouveau. Entre-sexe, pluri-sexué, peu importe, on lève les comportements conditionnés de cette société hétérocentrée et on explore. Et c’est franchement fascinant.

Corps contraints, exhibés, parfois presque masturbateurs; il a dans ce spectacle une nudité tout à fait justifiée qui servent autant à évoquer des ambiances sexuellement chargées que des poses ridicules, bouffonnes ou encore extrêmes. C’est une grande et longue proposition exploratoire de la culture pop, queer, des inspirations du voguing, de la non-danse, des possibilités du corps et des sexes. Même si captivant, il y a pourtant des longueurs et des moments de vide qui mériteraient d’être resserrés. Dans le public, on est parfois réellement perplexe sur ce qui se passe, les performeurs ne s’occupant carrément plus de nous et se parlant entre eux, à voix basse.

Ce (M)imosa est un amalgame de rires francs, de sourires, de fascination, mais aussi de malaise, d’incertitude, d’incompréhension voir d’irritation. Le public est définitivement balloté d’un état à l’autre en un éclair, nous laissant toujours prêts à tout, constamment à l’affût. Très déstabilisant et exigeant. Par contre, c’est, sans contredit, un ovni artistique à voir au moins une fois dans sa vie. Si vous avez déjà assisté à un cabaret avec des personnificateurs féminins, vous serez un peu préparés. Je dis bien un peu.

Une soirée dont on sort plutôt abasourdis, comme à la fin d’un tour de manège qui nous a donné des sensations fortes, mais aussi qui a joué sur notre équilibre et notre stabilité, pour nous laisser flageolants, et incertains de ce qui vient de se passer.

Un extrait vidéo ici vous montre un numéro fascinant où l’on aborde les notions d’identité sexuée et qui démontre bien le genre de contraintes qu’on impose au corps des danseurs. Dans ce cas, c’est un mélange à la fois entre femme et homme, mais aussi un autre sexe, indéfini et où le visage se masque. Le tout me rappelle beaucoup l’esthétique de Leigh Bowery (issu des années 80, un personnage/performeur en réponse à la morosité ambiante après la propagation du sida, très inspiré du voguing, voire instigateur de…):

Pour les infos pratiques, c’est juste ici.

L’avis d’Elsa Pépin dans le Voir.

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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