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Publié par le 9 mar, 2012 dans Théâtre | commentaires

Dissidents [Espace Go - 8 mars 2012]

Espace Go – 6 au 31 mars 2012

Une pièce qui tombe pile pendant ce qu’on appelle de plus en plus le printemps québécois. Révoltes, indignés, grèves, manifestations. En un mot: on est écoeurés, dégoûtés. C’est aussi ce qui se passe avec le personnage principal de la pièce. Un homme qui est enfermé depuis un mois dans un lieu clos, sans parler. Une femme qui tente de lui soutirer des informations, de comprendre le geste qu’il a posé. Un geste dont on ne connait pas la nature.

Photo: Yves Renaud

Il se met alors à parler. On découvre à ce moment une personne remplie de frustration, de haine, de peur face à un monde qui s’écroule. Plus on l’écoute, plus on sent la folie qui s’empare de cet homme, alors que son discours est pourtant simplement celui d’un être stupéfié par ce monde délirant et agonisant.

Le texte est lourd, bien sûr, comme un camion rempli de pierres qui, tout à coup, se déchargerait sur nous. Un raz-de-marée qui déferle et nous prend du début à la fin. Non, plutôt un tsunami. Ce n’est pas confortable. Oui, il y a des malaises, des moments de tension, de trop-plein. J’avoue avoir été déstabilisée au départ. Par l’ambiance d’abord, mais aussi par cette impression que le ton n’était pas tout à fait trouvé chez les comédiens. Comme si le texte était trop chargé, trop lourd à porter, comme si c’était difficile d’y entrer et que ça exigeait un moment de transition. Mais ensuite, le tout s’est installé. J’ai grandement apprécié le jeu de Sébastien Dodge qui était merveilleusement étrange, avec son personnage de l’Autre, ce docteur qui veut appliquer sur l’homme révolté une méthode éprouvée par la CIA: psychotropes, électro-chocs, une façon de ramener l’être dissident à revenir à zéro. À se fondre dans la masse. À rien, en quelque sorte.

Photo: Yves Renaud

Photo: Yves Renaud

Entre les rencontres avec cette femme – qui est elle d’ailleurs? – qui le questionne, les séances avec ce docteur qui lui-même a des TOC évidents, les visites de sa fille de 10 ans, l’homme devient de plus en plus souffrant, mélangeant réalité et fiction, ne sachant plus qui est qui. Qui est-il lui aussi? A-t-il réellement une fille? Quel est le geste qu’il a commis?

On déambulera dans des sentiers peu évidents: folie, délire, violence, cris, pleurs, haine, douleur. On se sentira éventuellement aussi perdu que ce personnage enfermé. Enfermé dans ce lieu incertain, mais aussi dans sa tête, ses pensées, ses souvenirs. Ce n’est pas aisé à suivre, et ça nous questionne énormément. Je n’ai pas tout saisi, j’étais assez perplexe en quittant la salle. Ai-je aimé cette pièce? Difficile à dire. C’est si agressant. Et décousu. Et ça met à mal un monde qui est malheureusement le nôtre. Malaise de retourner chez soi ensuite, s’installer dans son fauteuil et ne rien faire. Malaise d’être assez privilégiée d’avoir le temps d’écrire des chroniques de théâtre… Voilà un peu le portrait. Un peu déçue toutefois de la prestation d’Évelyne Gélinas que j’apprécie pourtant habituellement. Manque de conviction ou un je ne sais quoi qui ne collait pas tout à fait.

Sinon, une pièce à digérer lentement, un brassage de cage disons. Le texte mériterait d’être acheté en bouquin (paru chez L’instant même et en vente sur place) pour prendre un recul et bien saisir le tout. À vivre.

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Lancée depuis peu à la pige à temps complet, vous pouvez la lire ici, sur Nightlife.ca, mais aussi au Huffington Post Québec. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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