T’es con, point [Doug Harris]

Éditions Stanké, 2012
Évidemment, le titre intrigue. T’es con, point. Qui d’abord? Nous? Le personnage principal? On réalise rapidement que ce pourrait bien être un peu des deux car, en effet, l’auteur a décidé d’écrire son roman à la deuxième personne du singulier. Exercice particulier, le livre décrit donc tout ce qui arrive au personnage principal, le fameux Lee, un peu comme si tout cela nous arrivait à nous, comme si le livre nous pointait du doigt.
T’es le genre de gars qui tombe amoureux après une première rencontre. T’es le genre de gars qui se répète une conversation cinquante fois dans sa tête et puis gâche tout quand c’est pour vrai. T’es le genre de gars qui se lave les cheveux trois fois dans la même journée parce qu’il a un rendez-vous avec une fille au resto le soir. Puis se fait prendre par la pluie en y allant. (p. 9)
Le récit débute là-dessus, sur la description d’un gars – ultimement d’un être – qui pourrait bien ressembler à tout un chacun. Lee est une sorte de romantique par dépit, c’est-à-dire qu’il n’est pas très joli, grand et maigre, pas très attirant et est plutôt le confident de filles extraordinairement belles tout près de lui qui le considère toutes comme… un frère. Après une description de ce personnage plutôt pathétique, on apprend que les choses viennent d’être légèrement bousculées. Après avoir fantasmé pendant des années sur Honey, la copine de son meilleur ami, voilà qu’il réalise qu’il vient bel et bien de coucher avec elle. C’est donc sur un Lee incrédule et qui questionne cet incroyable revirement de situation que le tout s’enclenche.
Qu’est-ce qui se passe dans ce roman? Rien d’extraordinaire, c’est plutôt la banalité du quotidien qui y est dépeinte. L’entourage de Lee, le développement de sa relation avec Honey, sa vie banale de gars qui vend de la drogue, ne travaille pas et vit dans un taudis qu’il paye en fournissant la drogue à son proprio. Il garde de temps à autre le bébé d’une copine, il va dans des bars, se promène beaucoup, réfléchi. Il se mêle aussi de cette histoire étrange qui arrive à son ami Henry, un gars amoché par la drogue – un adulte que sa mère surveille comme un enfant – qui n’est plus tout là. Une copine d’Henry, jeune fille aussi amochée, droguée, escorte à ses heures, a disparu et il est le suspect numéro 1. La télé est constamment devant son immeuble où Lee prend un malin plaisir à rire de la reporter et de son caméraman en faisant des singeries à l’écran. Ce personnage est définitivement un électron libre, un gars en exergue de la société, une sorte de philosophe, d’observateur du quotidien.
Et qu’est-ce que ça donne comme roman? Premièrement une approche fort intéressante de la narration avec ce « tu » utilisé à outrance (dans un sens positif), obligeant le lecteur à se sentir impliqué. Il y a aussi beaucoup d’humour, des phrases franchement bien tournées qui nous font rigoler ou plus simplement sourire, mais qui ont vraiment du mordant. C’est un personnage intelligent et, malgré ses dessous de looser, il y a quelque chose derrière cette façade, il y a un être avec du potentiel, même si ce n’est pas nécessairement évident à voir au premier abord.
On le verra donc évoluer doucement, se trouver dans ce monde où il n’est pas trop fonctionnel, où des copains et copines se demandent souvent s’il est « récupérable », si on arrivera à faire quelque chose avec lui. La suite de l’histoire nous le dira.
Bien aimé ma lecture, même si j’ai trouvé qu’il y avait parfois quelques longueurs. Je n’ai pas incroyablement accroché comme cela peut m’arriver parfois, j’ai eu besoin de le poser à quelques reprises pour sortir d’une certaine lourdeur qui habite le livre. En effet, Lee est assez lourd, plutôt inactif et on a parfois bien envie de le brasser un peu afin de sortir quelque chose de ce grand flan mou. Mais toujours, son intelligence et ses réflexions bien particulières nous ramènent en selle et on poursuit la route.
Un regard masculin intelligent bien que parfois exaspérant (de par le personnage et son état végétatif en société), une écriture originale, bref, on apprécie la lecture et on est curieux d’en apprendre plus sur ce Doug Harris.
On a bien apprécié chez PatWhite






