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Publié par le 14 fév, 2012 dans Littérature | commentaires

Coma [François Gilbert]

Éditions Leméac, 2012

Résumé: Satô vit maintenant au Japon où il tente d’oublier que sa jeune compagne, Akayo, a voulu mettre fin à ses jours en se jetant à l’eau. Avant le geste fatal, elle lui a crevé un oeil et à crié: « Qu’est-ce qu’il y a là-dedans? » Question énigmatique qui demeure dans l’esprit de Satô qui ne croyait jamais y trouver réponse. Au contraire, il devra y revenir puisque la mère d’Akayo souhaite le ramener au Japon, persuadée qu’il arrivera à faire sortir sa fille du coma par la force de l’amour. Satô se pliera aux exigences de la femme, sans savoir qu’il plongera au coeur d’une redéfinition de sa propre personne.

Énigmatique récit, l’auteur nous plonge directement dans le quotidien plutôt banal de Satô, jeune homme affable qui essaie de se faire accepter, lui Japonais parmi des Chinois. Il nous passe ses réflexions sur ce désir d’adhérer à un cercle, à un endroit où il est intégré avec les autres, lui qui a souffert du rejet étant jeune. Tout au long du récit, on reviendra à cet aspect du personnage, ce désir obsessif d’être accepté. De fil en aiguille, on comprendra pourquoi cela est primordial pour Satô.

Tout dans ce livre baigne dans une douce étrangeté. La relation entre la mère d’Akayo et Satô est insidieuse, à mots couverts. Tous deux se cachent leurs réelles émotions ainsi qu’aux autres. Elle qui s’invente une soeur et se travestit pour vivre une autre vie et aussi, pour accueillir en elle la douleur différemment. Lui qui tente de se définir, de trouver sa place dans cette maison qui n’est pas la sienne et décide de se glisser dans la peau du frère d’Akayo. Il met ses vêtements, s’entraîne comme lui. On sent une quête de masculinité, lui qui se voit chétif, qui reconnait souvent sur son propre visage les rictus d’Akayo. La tentative de réveiller Akayo, qui s’avèrera vaine, sera rapidement mise de côté dans le récit pour se concentrer sur la transformation qui s’opère en Satô.

Réflexions profondes sur ce qu’il projette, sur la perception que les gens ont de lui, il comprendra peu à peu ce qu’Akayo voulait dire lorsqu’elle le poussait dans ses derniers retranchements et devenait comme folle, obsédée par cette idée de saisir ce qu’il est, fondamentalement. Il faudra réellement arriver aux dernières pages pour tout saisir de la complexité des questions qui taraudent Satô, et en même temps pour réaliser la simplicité du problème.

J’ai retrouvé beaucoup de l’univers de l’auteure japonaise Yoko Ôgawa dans ce livre, dans la façon de décrire un monde où l’on ne se sent jamais confortable, où les personnages souffrent toujours d’obsessions diverses, d’ambiguïtés. Questionnements complexes, identités floues, deuil, perception du monde, descriptions détaillées, je ne sais pas si l’auteur est familier avec l’écriture d’Ôgawa, mais je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’elle a été une influence dans son parcours.

Roman court, mais troublant, où la nature humaine se montre plus complexe que jamais, pleine de recoins sombres et de vérités difficiles à saisir, à accepter. Beaucoup apprécié la lecture de ce bouquin, même si la fin plonge dans un délire qui n’est pas nécessairement aisé à décortiquer.  L’écriture est franchement intéressante, lente et descriptive. Beaucoup aimé ce premier livre d’un auteur qu’il me semble fort pertinent de suivre.

Daniel en parle avec des mots toujours aussi justes et beaux 

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. C’est sûr que je vais le lire, je connais François personnellement, mais mon dieu que les résumés officiels du livre sont difficile à suivre. Celui que tu mets ici et celui que tu as mis sur facebook… ayayaye, on s’y perd littéralement:

    « Un an après avoir fui Tokyo et son amoureuse Ayako, qui l’a violemment agressé, Kikuchi Sâto tente d’oublier à Shanghaï cette vie de là-bas où, encore jeune homme, il n’avait pas trouvé une identité à sa mesure.Quand, à la demande de la mère d’Ayako il rentre de Shanghai et tente de comprendre ce qui s’est passé, il demeure perplexe devant sa requête : ranimer Ayako qui est tombée depuis dans un coma dont rien ne semble vouloir la sortir… Qu’attendait donc de lui, et de l’amour même, cette jeune femme possédée par le désir de connaître l’autre, et si frustrée de ne pouvoir y parvenir qu’elle en est venue à poser un geste irréparable? Lorsque la mère se métamorphose pour tromper la douleur qui l’habite, qu’elle en vient à développer envers Sâto une affection plus trouble encore qu’envers son propre fils, auquel il se substitue, les jeux de rôle deviennent de complexes miroirs déformants : sur le réel, quelle prise donne l’amour ? Sur les mensonges de la vie, quelles échappatoires procurent les rictus d’une identité insaisissable?Revenu à Shanghai sans avoir pu réveiller la belle endormie, Sâto pourra-t-il affronter le nouveau monstre qui l’habite quand les pensées les plus sombres d’Ayako commenceront à sourdre en lui comme de longs désirs inassouvis? Mais surtout, comment survivra-t-il à son tour à la névrose des amoureux fous ? »

    Est-ce que c’est si compliqué que ça, le roman?

  2. myriam dit :

    @Clarence: en effet, le résumé est confondant… ça ne rend pas totalement justice au roman, malheureusement.

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