Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 29 nov, 2011 dans Littérature | commentaires

La Solde [Éric McComber]

Éditions La Mèche, 2011

Émile est un gars qui travaille de soir dans une usine où il a la palpitante tâche de vérifier le contenu d’agendas scolaires. Laissé par sa copine à la fin de l’été, il erre depuis dans un monde qu’il trouve vachement con, mal foutu et irrémédiablement merdique. Pour noyer sa peine: sexe débridé, alcool, masturbation, musique, mais aussi écriture. Dans ses temps libres, il écrit un roman. Ce qu’on y raconte, on ne le saura jamais vraiment, mais il réussira à le publier. C’est d’ailleurs ce qui divisera La Solde en deux parties: l’avant et l’après.

La vie d’Émile Duncan ne deviendra pas merveilleuse du jour au lendemain, mais il se produira quelques évènements qui viendront bousculer sa vie jusque-là plutôt stagnante.

Dans « l’avant », Émile se remet de sa rupture d’avec Josée, une femme qu’il attend toujours, qu’il imagine revenir à la maison et dont la photo est encore accrochée dans le salon. Dans cet appart crade, Émile nous décrit son quotidien plat, ponctué de beuveries, de séances masturbatoires, de défécations, d’observations de sa personne. Il se trouve gras, réalise souvent qu’il n’est pas très propre, qu’il sent mauvais, il ne fait pas attention à lui et a tout l’air d’un gars en dépression. Chose qui se confirmera par ses visites fréquentes chez le médecin où, vaguement, on apprend qu’il se fait prescrire des médicaments par un homme à l’accent indéfinissable. Plus tard, il évoquera carrément le fait qu’il aimerait se faire diagnostiquer une maladie physique que les gens verraient… .

« L’après » sera traversé de baises fréquentes, de musique, de rencontres avec des femmes pathétiques en manque d’amour et de sexe, de la découverte d’une réputation de « guidoune » qui couche avec le voisinage féminin. Il tentera aussi de trouver l’amour parmi toutes ces coucheries et ces beuveries.

Construit comme un agenda, on retrouve une citation au début de chaque chapitre, la dénomination de chaque jour ainsi que des conseils d’amis sur comment gérer sa vie, son quotidien en plus d’images à colorier. Contrastant avec cette forme très organisée, le livre n’est évidemment pas léger, mais il y a surtout  une forme de torpeur, comme une ivresse permanente qui n’est ni joyeuse ni festive, mais plutôt triste et morbide. On se sent désorienté avec le personnage et on oublie si on est le jour ou la nuit, on s’absente avec lui…On a souvent envie de taper sur le personnage, on ne l’aime pas, en fait, il nous dégoûte même un peu. Il casse du sucre sur le dos de la société, mais il ne fait rien, rien de rien, pour y changer quoi que ce soit. Oui, c’est exaspérant, mais ça fait partie du personnage et ça correspond tout à fait à l’espèce de crasse ambiante dans laquelle il baigne. Une lourdeur incapacitante, une impossibilité d’avancer. Une auto-mutilation psychologique qui traîne et perdure…

Lecture pas toujours agréable, « rentre-dedans », il n’en demeure pas moins que j’ai apprécié celle-ci. Bien aimé l’humour de McComber, sa façon de surnommer le chat du voisin qui pisse partout Urinator Jean-Guy, de renommer tous les chats des « poui-poui » et se faire un alter ego qui vit sur une autre planète à Wwigzw-les-galets et s’appelle Poumpi… De beaux moments d’absurdité comme j’aime. Auteur intrigant, monde pas toujours facile, mais intéressante voix masculine dans le monde littéraire actuel.

Le blogue de l’auteur

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. rainette dit :

    je crois qu’on sait très bien ce que contient le livre que Duncan, c’est La Solde, non ?

  2. Je ne suis pas certaine de saisir votre commentaire…

  3. rainette dit :

    Je n’ai pas encore terminé la lecture. Cependant vous dites qu’on ne sait pas trop de quoi parle le livre que Duncan écrit. Il me semble que le livre qu’il écrit on l’a entre les mains, ce serai La Solde, autrement dit le livre dans le livre….

  4. Je parle du livre qu’il écrit justement, c’est dans celui-là que l’ensemble reste flou, peut-être est-ce ce que vous dites oui.

  5. rainette dit :

    « Dans ses temps libres, il écrit un roman. Ce qu’on y raconte, on ne le saura jamais vraiment, mais il réussira à le publier ».

    Il réussira à le publier….donc je pense que si Duncan est l’alter ego de McComber, le livre que Duncan écrit est La Solde et il sera publié sous les éditions La mèche, ce livre que l’on voit sur les tablettes chez Renaud Bray , la jaquette rouge sur lequel c’est écrit « La Solde » c’est le livre qu’écrit Duncan.

    C’est cela que je voulais dire précisément. Mais l’ensemble du livre reste flou en effet. Fiou :)

%d blogueurs aiment cette page :