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Publié par le 13 oct, 2011 dans Littérature | commentaires

Atavismes [Raymond Bock]

Éditions Le Quartanier, 2010

Je ne savais pas exactement comment parler d’Atavismes. J’ai d’abord cherché la définition de ce mot, atavisme, afin d’en saisir totalement le sens. On parle d’hérédité, mais aussi de la « réapparition d’un caractère primitif après un nombre indéterminé de générations ». (source: Petit Robert de la langue française 2010) Et j’ai trouvé que c’était effectivement le titre idéal.

Parce que chaque personnage est le légataire d’une tare familiale, une histoire honteuse qui affecte sa vie actuelle ou celle de ses descendants. Ce sont des récits pathétiques, froids, où les liens familiaux, les liens ancestraux sont des boulets. On revisite Octobre 70, l’arrivée dans les colonies, c’est un survol historique d’un Québec hivernal, hostile. Le passé est – sans jeu de mots – présent, même lorsque la nouvelle se passe dans notre époque actuelle. Ce sont des hommes qui s’expriment, des êtres souvent fatigués, désillusionnés. Il y a une rudesse dans ce livre, une masculinité bouleversante et bouleversée.

Autrement, j’arrive difficilement à décrire ce que j’y ai lu. C’est un livre qui se vit, qui s’épluche avec curiosité, avec sérieux puisqu’il y a une lourdeur et aussi une violence latente tout au long des divers récits. Un certain pathétisme aussi qui nous plonge dans une torpeur, une forme de léthargie incapacitante qui nous laisse défiler ces personnages hantés devant nos yeux. Une bien curieuse bête que ce recueil de nouvelles.

Il ne faudrait pas croire que je n’ai pas apprécié. Au contraire, j’ai réellement aimé ce bouquin. Fascinée par cet homme qui déménage sa maison dans son jardin après que sa femme soit partie et qui essaie de comprendre comment un verre de terre se retrouve traversé d’une épingle à cheveux (Le ver); intriguée par les actes commis par l’ancêtre d’un chercheur qui découvre des éléments gênants de son histoire familiale (Une histoire canadienne) ou encore ce monde futuriste que Bock s’amuse à dépeindre (Effacer le tableau). Une écriture extrêmement riche dans ce livre qui, comme le dit si bien Amélie Panneton, peut s’ouvrir à n’importe quelle page et on y trouve son bonheur. À découvrir.

Clarence a décidé d’en parler ce matin sur son blogue

L’avis de Chantal Guy (Cyberpresse)

Et celui de Hugo Prévost (Pieuvre.ca)

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. Amélie dit :

    Aaaah que ce livre m’avait fait quelque chose de largement indéfinissable, moi aussi — quelque chose qui remue en profondeur. Très très bonne critique!

  2. Patty O'Green dit :

    Intriguant! Ça me tente…Ça a l’air authentique, ce livre-là (c’est le meilleur mot que j’ai trouvé et pour moi, c’est le plus beau compliment).

    Je suis un peu tannée d’acheter des livres québécois en me fiant sur les critiques de nos médias. Sans vouloir faire ma Foglia, il me semble qu’il y a de plus en plus de complaisance dans le milieu littéraire au Québec (contrairement au milieu de l’art contemporain)…Peut-être que je me trompe. Enfin, depuis le roman de William S. Messier, je n’ai rien lu qui, à mon avis (je suis pas experte), l’accotait (en termes d’authenticité peut-être, je sais pas trop comment le dire). Pourtant, je lis des éloges à chaque semaine dans nos médias et pis j’achète et j’arrive même pas à finir…Mais bon, je ne fais pas de critique. Quand j’aime, je me garoche pour le dire, mais quand j’aime pas, je ne dis rien parce que je ne me sens pas compétente pour le faire, mais surtout parce que je n’aime pas mettre l’accent sur des choses qui ne plaisent pas…

    Tout ça pour dire que j’ai l’impression qu’un désir de solidarité s’est échoué dans cette complaisance que je ne retrouve pas sur ton site (c’est vraiment un compliment) et je trouve ça bien chouette.

  3. Je suis en train de replonger dedans et quelque chose me frappe: cette impression de sérieux, et de profondeur, qui nous assaille à la lecture, vient peut-être un peu de la précision langagière, chez Bock. Un quelque chose de pointu et d’étudié, dans l’utilisation des mots, des temps de verbe, dans le choix des métaphores, qu’on retrouve peu chez ses contemporains.
    C’est un exemple qui peut paraître absurde, mais dans Carcajou, la première histoire, il décrit ainsi un chemin de campagne perdu : « deux ornières dans l’herbe haute séparées par une largeur d’essieu. » C’est con, mais utiliser les bons termes, respecter le fonctionnement du langage sans toutefois se plier à ses règles de façon aveugle, ça ajoute à la portée du projet général.
    C’est un peu ça, la grande littérature.

    1. Patty O'Green dit :

      Ça raisonne beaucoup pour moi, ce que tu dis là…

      Bon, je vais le lire, c’est certain.

      1. @Patty: tant mieux! :) oui, lis-le, c’est un roman qui a malheureusement eu trop peu de couverture médiatique…

  4. @Amélie: merci, ça me soulage, j’avais peur de ne pas assez rendre justice au livre que j’ai vraiment aimé! :)

    @Patty: t’es gentille, merci infiniment! Je comprends ce que tu veux dire, je le sens aussi souvent (pas seulement dans le milieu culturel, on est frileux en général sur la critique au Québec, tous domaines confondus). Personnellement, il est évident que je prends pas plaisir à dire que je n’ai pas aimé quelque chose, ce sont les textes les plus durs à faire. Mais je n’aide pas l’artiste (ni moi-même) si je ne dis pas réellement ce que je pense. Et je suis pareille dans la vie: je veux tjrs savoir si je fais le boulot comme il faut et je reçois bien la critique (même si oui, c’est dur parfois sur le moral). Mais ça me fait avancer…

    Merci encore!

  5. @Clarence: tout à fait d’accord!

  6. […] peut-être… J’ajouterais que j’ai beaucoup pensé au recueil de nouvelles Atavismes de Raymond Bock publié au Quartanier où l’on y décrit aussi une Amérique pervertie et sombre aux souillures familiales […]

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