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Publié par le 14 juil, 2011 dans Littérature | commentaires

L’élégance du hérisson [MURIEL BARBERY]

L’élégance du hérisson – Folio, 2006

L’histoire: Deux récits qui s’entrecroisent. D’une part, celui de Renée, concierge d’un immeuble huppé où elle cache sa vraie nature, celle d’une intellectuelle friande de livres de philosophie et d’érudition. D’autre part, on suivra les réflexions de Paloma, une jeune fille de 12 ans particulièrement intelligente et lucide, mais aussi déprimée et suicidaire. Évidemment, le destin liera les deux femmes dans des circonstances tout à fait particulières. 

Alors qu’il s’agit d’une petite plaquette et que je dévore habituellement un livre de poche en 1h30 à 2 heures, j’ai pris plusieurs jours à terminer L’élégance du hérisson. J’avais pourtant déjà lu du Muriel Barbery, son fameux court mais efficace Une gourmandise où une charmante histoire mélange souvenirs et gastronomie. Mais cette fois, ce fût un peu plus ardu. Un étrange mélange entre ennui et plaisir sporadique.

D’abord, on est fixé assez vite sur le déroulement de l’histoire. Sans vous dévoiler quoi que ce soit, je dirai simplement que l’ensemble est assez prévisible. En fait, on tombe même carrément dans le cliché. Dès le début, soit dit en passant. Le personnage de la concierge est d’une évidence telle qu’on est aucunement surpris de ses réflexions et de ses répliques. Même chose avec Paloma, la jeune adolescente qui se rebelle contre un monde trop con pour elle et franchement pas à sa hauteur. Le bouquin est donc basé sur un amalgame inégal entre naïveté, pédanterie et critique sociale.

On saisit rapidement que l’étalage de connaissances de l’auteure sert en fait à animer la réflexion sur une société aux idées arrêtées et les jugements que les uns portent sur les autres. Mais encore? Qu’apprend-t-on de réellement intéressant dans ce bouquin qui semble s’égarer entre roman initiatique, journal intime et chroniques philosophiques? Pas grand-chose. On sourit parfois, on se pose de temps à autre sur les questionnements qui sont soulevés, mais l’implication du lecteur (du moins la mienne) demeure superficielle. Et l’auteure se lance parfois dans de longues tirades qui n’en finissent plus, nous mettant en position d’attente face à ce qui se tramera d’un côté ou de l’autre du bouquin. Car, en effet, il est divisé en deux selon que Renée (la concierge) ou Paloma (l’adolescente) prend la parole. On suit l’une et l’autre dans leur quotidien, mais alors que Renée s’exprime par le truchement de l’auteure, Paloma écrit un journal, sorte de confession avant sa mort qu’elle a prévu quelques mois plus tard, soit lors de son 13ème anniversaire.

Les constatations de la jeune demoiselle sont parfois intéressantes, de jolis éclairs de lucidité s’y trouvent, mais ils tournent rapidement en rond. Même chose chez la concierge. Alors ça devient long et répétitif. La fin se gâche avec une tournure trop évidente, trop facile et qui frôle franchement le quétaine. Chaque page tournée est une occasion de plus pour s’enfoncer dans le mélodrame. De plus, une transformation s’opère avec les deux personnages principaux et alors que le tout se fait lentement, que la progression semble logique et normale, on dirait que la finale nous est balancée en plein visage, sans plus d’explications. Bien sûr, il y a une urgence, des évènements bouleversants qui contribuent à ces changements, mais tout de même, on reste sur notre faim.

Pourtant, l’écriture est loin d’être inintéressante, quelques petites perles se trouvent ici et là et on poursuit la lecture, car on y trouve tout de même une certaine satisfaction qui nous donne envie de savoir si nos prévisions s’avèrent justes (puisque le roman est prévisible). Mais personnellement, je crois qu’il s’agit d’une oeuvre franchement facile à oublier. À vous de juger.

Un mot de l’auteure et de quelques critiques

Plusieurs avis de lecteurs sur Critiques libres

On en fait un film ( qui ne semble pas mauvais et il faut dire que le livre a tout de même été très apprécié en général)

http://official.fm/tracks/278290?size=small

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. Amélie dit :

    « […] un amalgame inégal entre naïveté, pédanterie et critique sociale. »
    Ayoye que je suis parfaitement d’accord.

  2. Laeti dit :

    Quelle bonne idée l’extrait lu ! Il faut que je me penche sur ça également…

    1. ah merci! :) j’avais hâte d’entendre des commentaires là-dessus, question de voir si ça fonctionne ou non
      je peux te montrer comment je fais si tu veux :)

  3. J’ai vu le film en salle, et tu vois, je l’avais presque oublié jusqu’à ce que je lise ta chronique!
    Maintenant tout me revient. J’y suis allée parce que c’est Josiane Balasko qui tient le rôle principal, et que j’adore Josiane Balasko.
    Je me souviens avoir trouvé cette histoire hautement improbable et me suis dis que je devrais lire le livre pour comprendre. Par contre, je n’ai pas détesté ce film. D’abord parce que Josiane Balasko y est excellente (même si ce n’est pas son meilleur rôle) et aussi parce qu’il y a des moments très intéressants qui auraient peut-être mérités d’être un peu mieux exploités. Je pense entre autres à l’univers de cette petite ado blasée fort créative. Par contre, je n’ai pas très bien cerné la personnalité de cette concierge. Je ne sais pas si c’est la même chose dans le livre, mais on aurait dit deux ou trois histoires pas rapport qui l’on a raboutée pour tenter de faire quelque chose. Reste à souhaiter que l’écriture ne soit pas trop pire!

    1. j’aime aussi beaucoup Josianne Balasko et elle fait des choix pas si mal habituellement. Oui, j’ai ressenti cet effet dans le bouquin aussi: une impression que le personnage est monté avec des morceaux éparses d’autres personnages qui intéressaient l’auteure et ça a donné une femme complexe et en même temps ultra facile à cerner… ce qui est décidément étrange! ;)

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