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Publié par le 26 avr, 2011 dans Cinéma | commentaires

Les petits mouchoirs [GUILLAUME CANET] (spoilers)

Sortie en salle: 2011

Durée: 2h34

Distribution: Marion Cotillard, François Cluzet, Benoit Magimel, Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Valérie Bonneton, Pascale Arbillot, Joël Dupuch, Anne Marivin

L’histoire: A la suite d’un événement bouleversant, une bande de copains décide, malgré tout, de partir en vacances au bord de la mer comme chaque année. Leur amitié, leurs certitudes, leur culpabilité, leurs amours en seront ébranlées. Ils vont enfin devoir lever les « petits mouchoirs » qu’ils ont posés sur leurs secrets et leurs mensonges.

Une soirée manifestement bien arrosée et même certainement bien poudrée où l’on voit un homme faire la fête. Il quitte tout à coup, l’air un peu blasé et un long plan-séquence s’enchaîne où on le voit sillonner les rues de Paris à bord d’un scooter. Ayant lu le synopsis du film, on sait déjà qu’un accident va arriver et on est sur le bord de son siège, à attendre avec le cœur qui bat la chamade, sachant que d’une minute à l’autre, tout va basculer. On retient son souffle et, tout à coup, l’impact arrive. Fin de la séquence.

On commence donc le film ébranlé, touché par cet accident bête, mais aux conséquences graves. On apprend que c’est Ludo, le fêtard sympathique, le bout-en-train de la bande qui vient de subir ce grave accident et on fait donc la connaissance des copains à l’hôpital alors qu’ils viennent tous lui rendre visite. S’ensuit une discussion: on part en vacances et on le laisse seul à Paris ou on annule le tout? La décision de partir est prise, on évoque le fait que c’est seulement à 1 heure d’avion et que, de toutes façons, il est aux soins intensifs et on ne pourra pas le visiter. La décision divise déjà les avis, certains sont mal à l’aise de le laisser seul dans cet état et d’autres semblent trouver que ça va de soi de poursuivre la tradition estivale. Cette question délicate donne déjà le ton du film: jusqu’à quel point chacun est près de son petit confort et sa propre satisfaction au détriment des autres?

Les vacances débutent donc très étrangement, surtout que Max, qui reçoit toute la bande dans sa propre villa, est ultra tendu et stressé à cause d’une conversation qu’il a eu avec son meilleur ami Vincent. En effet, ce dernier, marié et père de famille, lui a annoncé qu’il était tombé amoureux de lui. Ne sachant pas comment réagir et gérer la situation, Max sera insupportable pendant tout le début des vacances, créant un froid et une incompréhension chez tous les invités.

Chez les autres, Antoine fait chier tout le monde en parlant sans arrêt de son ex Juliette; Isabelle essaie de comprendre son mari Vincent qui est distant avec elle et manifestement en froid avec Max; même chose avec Valérie, la femme de Max; Marie la « baba cool » qui n’arrive pas à s’attacher  et s’investir avec aucuns mecs et Éric avec son mariage qui bat de l’aile, son attitude de macho et ses plans foireux. Toute ce triste monde est observé par Jean-Louis, le doyen de la bande qui les reçoit tous les jours chez lui pour souper et leur donne des leçons de vie à sa façon.

On assiste donc à un portrait très serré de cette petite troupe, prise dans une sorte de huis clos. On les voit boire, rigoler, mais surtout éviter de se parler de ce qui ne va pas, passer à côté des vraies questions qui les chicotent tous. Parfois, ça en devient frustrant, mais parfois les non-dits sont habilement représentés et l’absence de mots, pour plutôt  jouer sur l’efficacité des regards, fonctionne très bien.

On a reproché à quelques reprises à ce film d’être moralisateur et d’y aller dans l’émotion facile. À ce sujet, je mentirais de dire que le long-métrage de Guillaume Canet évite tous les clichés et les dangers d’un tel sujet. Non, il y a des moments coulants où on tombe dans le convenu. Mais en même temps, c’est un film qui fait du bien, qui « nettoie », en quelque sorte: il « donne le motton » parce qu’on est inévitablement touché et troublé par les questions qu’il soulève, mais en même temps, il enlève le méchant parce que tout part dans une bonne séance de pleurs bien sentie.

Les personnages ne sont pas les plus extraordinaires qu’on aient croisés au cinéma, l’histoire n’est pas la plus marquante non plus, mais l’ensemble propose quelque chose qui se colle à nous, à notre vécu, qui que l’on soit et d’où que l’on vienne. À des questions humaines, il propose des réponses humaines: incertaines, changeantes, instinctives. Parfois mauvaises, mais toujours de bonne foi.

Oui, c’est un film sympathique, qui reprend des éléments qu’on a pu voir des centaines de fois, des situations mille fois vécues, mais qui demeurent, malgré tout, toujours actuelles. Comment cela peut-il être autrement? On n’arrêtera jamais de se poser sur ses questions fondamentales: l’amour, l’amitié, la confiance, les relations humaines dans leur ensemble.

On trouve les personnages peut-être mal définis et on cherche parfois ce qui les lient les uns aux autres. Par exemple, Antoine passe pour un pathétique dépendant affectif qui exaspère tout le monde. Isabelle est assez effacée en elle-même et fait plutôt office de « femme de Vincent ». D’ailleurs, elle « sert » un peu trop la situation « homosexuelle » de son mari: deux scènes précises qui s’attardent à ce personnage ne font que démontrer une envie d’exacerber des fantasmes sexuels débridés qu’elle ne satisfait manifestement pas avec son époux, nous en apprenant du coup, beaucoup plus sur Vincent que sur elle. Éric est le « cruiseur en série », le tombeur, mais on découvre tout à coup – et un peu sorti de nulle part – un homme amoureux de sa femme et prêt à faire des kilomètres pour la reconquérir. En bref, on a l’impression – et c’est un commentaire que j’ai aussi lu à plusieurs reprises – que les protagonistes sont tracés à grands traits et manquent de subtilité.

Toujours est-il qu’il s’agit d’un film que j’ai bien aimé, d’une comédie dramatique où des rires francs côtoient des larmes tout aussi véritables. Pas un film mémorable ni marquant, mais touchant par ses bons coups autant que ses défauts. Et parlant par les émotions qu’il sait apporter et transmettre.

Une entrevue avec Guillaume Canet

L’avis de Manon Dumais

Et celui de Marc Cassivi

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. ally dit :

    J’ai bien aimé ce film parce qu’on s’y retrouve, qu’il nous met face à la vie, à ses choix. De belles réfléxions quand même.

  2. @Ally: oui, tout à fait. On ne peut rester indifférent je pense, parce que c’est trop… humain.

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