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Publié par le 23 mar, 2011 dans Littérature | commentaires

La double vie d’Irina [LIONEL SHRIVER]

Éditions Belfond, 2010

Lionel Shriver, c’est l’auteure qui a écrit le fameux bouquin Il faut qu’on parle de Kevin, livre-choc qui aborde un sujet extrêmement délicat: une tuerie dans une école secondaire. Le livre a été encensé et chaudement recommandé (et aussi gagnant du Orange Prize) même si sa lecture n’est pas aisé. En effet, en plus d’une thématique difficile, le livre est construit sous une forme épistolaire.

Et c’est encore un exercice de style tout à fait particulier qui nous est offert dans La double vie d’Irina. Shriver nous présente son héroïne, Irina, une femme dans la quarantaine encore très désirable. Celle-ci, après une soirée avec un ami de son mari , Ramsey Acton, joueur vedette de snooker, avec qui elle sort par obligation plus que par plaisir – en sa présence elle a un drôle de sentiment indéfinissable qui la met mal à l’aise – se retrouve devant un dilemme: embrasser ou non cet homme pour qui, en définitive, elle a une attirance folle.

L’auteure a décidé ici de nous offrir les deux possibilités: on assiste alors à une division complète du livre où chaque chapitre nous relate la suite des choses, selon la décision qui a été prise, soit de l’embrasser ou de laisser tomber. Le livre m’a beaucoup fait penser au film Un baiser s’il-vous-plaît d’Emmanuel Mouret, sur lequel je suis tombée tout à fait par hasard dans la programmation cinéma (toujours excellente, soit dit en passant) de Télé-Québec. Excellent long-métrage.

Du côté de La double vie d’Irina, je dois dire que j’ai adoré ce livre bien qu’il m’ait donné une panoplie d’émotions pas toujours très joyeuses. C’est un bouquin qui est assez long, parfois difficile à suivre étant donné les deux récits qui se chevauchent et qui reprennent essentiellement les mêmes informations vécues différemment (par exemple, alors qu’Irina se fait offrir un cadeau dans une version, le présent prend un tout autre sens dans le second récit) est extrêmement intéressant. Travail ambitieux de la part de l’auteure de présenter ce double récit tout en gardant son lecteur captif. À ce sujet, il y a tout de même des petits moments où j’aurais bien passé les longues descriptions sur le snooker, le sport que Ramsey Acton pratique. Ou inversement, le détail du travail de Lawrence, son mari. En fait, exactement les sujets dont Irina se plaint de chaque côté.

Le fait de vivre les deux vies est assez satisfaisant, en un sens, puisqu’on va au bout de toutes les possibilités. Le roman est extrêmement détaillé sur les sentiments d’Irina – on passe beaucoup de temps à lire ses réflexions personnelles et celles-ci sont très poussées, très introspectives – on en vient inévitablement à se poser sur notre propre vie. Et dans une autre avenue, il est assez désolant. Parce qu’on réalise que, de part et d’autre, rien n’est certain et un bon choix en amène un parfois un très mauvais et ainsi de suite.

Ce livre a carrément touché ma vie intime, ma vie amoureuse puisque ce sont des sentiments que j’ai vécu. Cette envie d’une autre vie alors qu’on est déjà en couple avec quelqu’un, cet ensemble d’éléments annonciateur d’une insatisfaction profonde, d’un besoin de changement radical. Pour le mieux? Pas toujours. Pour le pire? Pas toujours non plus. Et c’est ce qui est franchement intéressant dans ce récit: il n’y a pas de bon chemin à suivre. Tout n’est ni noir, ni blanc, que des zones grises. Comme dans la vie.

Magnifique roman, travail époustouflant d’écriture et de construction littéraire. Un dur constat sur les relations amoureuses qui m’a laissé réellement déprimée par moments, parfois fâchée et certainement plus consciente de nos faiblesses humaines. À lire absolument.

* Comme le soulignait aussi Laetitia, la couverture ne rend pas hommage à la beauté et l’intelligence du propos. Cette manie de faire des couvertures à la Harlequin est tristement laide…

Laetitia l’a aussi lu (et m’a grandement influencé dans mon choix de lecture)

Plusieurs points de vue de lecteurs/lectrices chez Babelio


À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. Laeti dit :

    Tu ne t’arrêtes plus de lire ! J’aime bien tes commentaires sur ce livre. Ça rejoint beaucoup ce que j’en ai pensé. Encore merci pour le lien, comme toujours ! ;-)
    Moi aussi les passages sur le snooker m’ont un peu gonflée, ceux sur la politique internationale beaucoup moins…
    Lionel Shriver reste pour moi une auteure coup de cœur, une femme qui réfléchit beaucoup avec finesse et intelligence.
    Tu sais qu’elle s sorti un autre roman après celui-ci, ça s’appelle Double faute. Un roman sur le couple encore, et cette fois ça parle de tennis…
    Je ne l’ai pas encore lu, mais j’ai vu quelques critiques, pas très bonnes… :(

  2. @Laeti: oui, je sais, je dévore les bouquins, mais tu sais, il y a des passes comme ça: un moment d’accalmie, un moment d’intensité! ;) Oui, les passages sur la politique internationale sont tous de même plus intéressants, mais il y a des longueurs. Une belle auteure en effet que tu m’as fait découvrir, d’ailleurs :) J’ai vu son nouveau bouquin, mais je ne savais pas que les critiques étaient mauvaises. Ce sera à vérifier :)

  3. […] où elle se plait à imaginer la vie fictive de ses protagonistes (elle l’a fait en 2010 dans La double vie d’Irina). Sans me déplaire, la lecture m’avait plutôt parue doublement ardue. D’un côté à […]

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