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Publié par le 15 mar, 2011 dans Cinéma | commentaires

Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles [NICOLAS LANGELIER]

Marathon de lecture qui va bien avec l’urgence contenue dans ce livre: je l’ai carrément dévoré, en  2 heures à peine, tournant les pages avec un vif intérêt. Pourquoi? Parce que ce livre s’adresse à moi. Et à vous. Jeunes gens de la génération Y, tweeteux, facebookeux, interneteux, ne croyant que l’information qui sort du sacro-saint Google, vivants sur le Plateau, le Mile-End, la petite Italie ou les nouvelles parties branchées de Homa. Bref, on se reconnaît tellement dans ce livre. Qui nous met à mal, disons-le. C’est un constat difficile sur le désenchantement général de notre société, sur notre culture qui en est une de récupération sans nécessairement proposer de nouvelles idées.

La particularité de ce bouquin est que, d’une part, il s’adresse directement à cette génération Y par des références évidentes et facilement reconnaissables (et qui nous amène très souvent des sourires en coin d’ailleurs), et, d’autre part, parce que le livre lui-même évoque les intérêts éparpillés de notre génération et cette envie de faire un « art total » si l’on veut et se partage entre le roman, l’essai et le livre de psycho pop. Le titre est déjà très révélateur: Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles. Ironie, référence à des solutions-minutes à un malaise social qui s’est  solidement installé en terme de décennies. Bouillon de poulet pour les nuls en mal de vivre cherchant le secret, mettons.

Et bien que le danger était imminent de tomber dans le convenu et dans la morale à cinq sous, Nicolas Langelier a évité tous les écueils et s’en tire avec un livre franchement étonnant. À la fois déprimant, mais rafraîchissant. L’adresse au lecteur est déstabilisante: on parle au « vous », dictant la conduite à suivre à cette personne qui lit, soulignant encore à gros traits la lâcheté ambiante de notre époque où tout nous est offert en un clic. Parce que ce livre est construit selon trois « formats » connus, soit le roman, l’essai et le livre de psycho pop, mais je trouve qu’il est aussi basé sur notre fonctionnement avec Internet.

Par exemple, on nous accroche avec une prémisse qui pourrait très bien se retrouver sur un blogue et on passe ensuite à des références qui ont tout l’air d’une recherche qu’on pourrait faire sur Wikipédia en ouvrant un autre onglet, tout en gardant pas très loin le texte initial. Entrevues, éléments visuels, définitions: l’ensemble m’a réellement donné l’impression de fouiner sur le web. Très conscient de son époque, de notre culture interactive (ou hyperactive?), Nicolas Langelier a réussit à cerner le besoin du lecteur pour le tenir captif, constamment à l’affût.

J’ai aussi lu l’intéressante analyse réalisée par William S. Messier et Anne-Marie Auger sur le site Salon Double et qui s’intitule La littérature postironique, une rebelle qui vous veut du bien. Ce texte propose, entre autre, un parallèle entre ce roman et des titres comme Une oeuvre déchirante d’un génie renversant de Dave Eggers – que je viens tout juste de lire (et dont je vous reparlerai) -, Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer et bien d’autres, et met donc en lumière cette littérature de l’ironie, du sarcasme et de la désillusion.

J’ai adoré ce livre. J’aurais aimé avoir écrit plusieurs passages. Des éclairs de lucidité le traverse constamment et je me suis sentie en présence d’une œuvre intelligente, réfléchie, travaillée. À de nombreuses reprises, je me suis arrêtée et je me suis dit: c’est tellement vrai, c’est tellement ça. Et bien sûr, ça tombait aussi dans mes cordes: références à l’histoire de l’art, milieu de travail très « urbain et branché », trentaine, questionnements sur la vie, etc, etc.

Intéressant de savoir que l’auteur s’en est aller loin de la ville pour réussir à écrire, trop distrait par l’hyperactivité ambiante. Soulageant aussi, de voir qu’on se pose tous des questions sur la plus ou moins grande échelle de notre vie. Ironie oui, mais réelles questions, réelles mises au point. Si l’on se sent moindrement interpellé par les enjeux, les thèmes abordés dans ce livre, on en vient inévitablement à se questionner sur la vacuité de notre existence, tout comme le fait l’auteur d’ailleurs. Entre les réseaux sociaux et les événements « trendy » de notre vie, la solitude est soulignée de gros traits noirs. Et aussi la peur: de manquer quelque chose, de ne pas être assez ceci, assez cela, de ne pas réussir à « devenir quelqu’un ». Ce qui fait de nous, comme on le dit si bien dans ce bouquin, une société d’adolescents qui A peur de vieillir parce que tout ça signifie d’arrêter d’être au centre du spectacle et d’avoir à mettre l’emphase sur autre chose que soi-même. Difficile décision, quand tout nous porte à rester dans cette tangente.

Un excellent livre qui m’a fait réfléchir, rire (jaune parfois) et que je pourrais analyser encore et encore. Une brillante construction, carrément un livre-témoin franchement incontournable. À lire absolument.

L’analyse de William S. Messier et Anne-Marie Auger

Chantal Guy écrit sur ce roman

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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