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Publié par le 10 fév, 2011 dans Littérature | commentaires

>L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Pivet [REIF LARSEN]

Éditions Nil, 2010

L’histoire: T.S. Spivet est un enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Un jour, il reçoit un appel inattendu du musée Smithsonian lui annonçant qu’il a reçu le très prestigieux prix Baird et qu’il est invité à venir faire un discours. A l’insu de tous, il décide alors de traverser les Etats-Unis dans un train de marchandises pour rejoindre Washington DC… Mais là-bas personne ne se doute qu’il n’est qu’un enfant. Muni d’un télescope, de quatre compas et des Mémoires de son arrière-arrière-grand-mère, T.S. entreprend un voyage initiatique qui lui permettra peut-être enfin de comprendre comment marche le monde…

 

Il y a quelques mois de cela, j‘ai vu ce livre pour la première fois dans une librairie. J’avais trouvé la pochette très belle et, surtout, j’avais été attirée par cette brique dans laquelle il y a énormément de dessins, de cartes et de notes en bas de page. J’aime beaucoup les livres-objets et j’espérais beaucoup de ce bouquin qu’on décrivait comme une véritable petite merveille. Malheureusement, j’ai stoppé ma lecture à la moitié et j’ai été incapable de poursuivre plus loin.

Ce n’est pas que ce soit mauvais, mais c’est, qu’essentiellement, l’extravagant voyage qu’on nous promet ne démarre jamais. De plus, le garçon est bel et bien jeune, par son âge bien sûr, mais on a plutôt l’impression qu’il a tout d’un vieillard. Un regard désabusé sur a peu près tout (sauf sa passion de cartographe et encore), une insécurité chronique, une peur de vivre, etc. D’accord, on a affaire à un petit intellectuel qui vit dans sa bulle, mais son discours devient à la longue très lassant. Fibula, qui avait aussi tenté de le lire, m’avait dit: « Mais on a envie de le frapper ce gamin à la longue! ». En effet, on a envie de le brasser, et des petites phrases assez arrogantes comme celle-ci: « Ah oui, je les connaissais ces éloges sur les cartes bien réalisées, sur les dessins minutieux… », finissent par nous taper sur le système. On a compris: il est talentueux le petit. Mais prodigieux? Je ne vois pas tellement où. Obsessif, compulsif peut-être, mais prodigieux? Vraiment je ne vois pas.

 

Le concept aurait pu être réellement intéressant: les apartés du jeune garçon sont parfois rigolotes, parfois sensibles, les dessins dans la marge sont beaux, très détaillés, les commentaires apportent un supplément à la lecture. Mais c’est trop. On devient vite saturé par tant de notes, par ces dessins – même s’ils sont jolis, ils ne sont pas toujours utiles – et on n’arrive plus à suivre le fil, car trop d’informations sont accumulées. Mais l’idée générale du bouquin – ce voyage impromptu pour se rendre à la rencontre des gens du Smithsonian qui ne savent pas qu’ils ont affaire à un gamin – est pourtant intéressante, mais mal dirigée.

 

En même temps, on comprend que le concept de « cabinet de curiosités » est utilisé. On y trouve toute sorte de petits éléments éparpillés: topographies, descriptions anatomiques, arbres généalogiques, résultats d’analyse après un travail d’observation (les différentes expressions faciales du père de T. S. Spivet, par exemple), descriptions de lieux, de comportements, etc. Mais toujours, on revient à cette sensation d’étouffement, de se sentir enseveli sous un trop grand nombre d’éléments pas toujours très concrets.

 

À la moitié du livre – où j’ai arrêté ma lecture – , on en était seulement au début de son fameux voyage en train où les descriptions de paysages n’en finissent plus, nous donnant l’impression d’être confiné dans l’ennui d’un voyage immensément long. Dans lequel on doit, en plus, suivre les réflexions tantôt naïves, tantôt trop matures du jeune Spivet.

 

Le pire est que j’aurais été curieuse de continuer la lecture, de savoir comment allait se terminer le périple ferroviaire du garçon à travers les États-Unis. Mais le ton plutôt monotone est venu à bout de ma patience et l’inaction était trop intense pour réussir à me happer et me laisser poursuivre le récit.

 

C’est tout de même triste, car je crois qu’il y avait là un réel potentiel, un beau filon qui, malheureusement, a été mal exploité. De plus, il est troublant de voir qu’unanimement les gens ont trouvé ce bouquin hautement génial et l’encense de toutes parts, alors que je ne l’ai même pas terminé… Par contre, le livre en tant qu’objet est magnifique, une superbe petite encyclopédie visuelle et écrite.

Je suivrai tout de même les prochaines parutions de ce jeune auteur américain qui, à mon avis, a une belle imagination et possède un terreau fertile pour créer des bouquins originaux.

On en parle chez Café Culture ainsi que sur Cyberpresse

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire au Huffington Post Québec, chez BRBR et à L'Actualité. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. >D'après-toi, est-ce que ça peut être lié un peu avec la traduction?

  2. Ma mère dit :

    >@Clarence: humm j'avoue que j'en ai pas parlé c'est vrai. je sais pas du tout sérieusement. peut-être bien.

  3. >Dans le genre "gros romans américains avec des titres friands d'épithètes", je te recommande chaudement "The brief Wondrous Life of Oscar Wao", un très bon roman d'apprentissage(http://www.amazon.ca/Brief-Wondrous-Life-Oscar-Wao/dp/1594489580) et aussi le déjà classique d'après-moi "A Heartbraking Work of Staggering Genius", de Dave Eggers, qui a été traduit je pense (http://www.amazon.ca/Heartbreaking-Work-Staggering-Genius/dp/0676973655/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1297385533&sr=1-1-spell).C'est deux criss de bons livres, malgré leurs titres un peu pompeux.

  4. Ma mère dit :

    >@Clarence: oh super! Merci je note et je fouine pour trouver ça! (yeah, j'adore les suggestions de bouquins! wouhou!) :D

  5. Bene dit :

    >Je confirme pour le Oscar Wao, magnifique ! Sinon, celui-ci m'a plu mais je ne m'en souviens presque plus. Je crois qu'il manquait un petit truc …

  6. Ma mère dit :

    >@Bene: j'ai lu le résumé d'Oscar Wao; ça me semble très bon, en effet (et c'est noté dans mes livres à emprunter à la bibliothèque!) Et pour celui-ci, donc pas très marquant à ce que je comprends?

  7. Bene dit :

    >Non en effet, il est passé comme une lettre à la poste. En revanche, ce fameux mail qui n'arrive pas à destination: peux tu me le renvoyer ? J'aimerais vraiment avoir ton avis sur les libraires à Montréal quand on vient de Paris. Je t'en remercie. Essaie à cette adresse: benebonnou@gmail.com

  8. Ma mère dit :

    >@Bene: Oui je t'envoies ça dès maintenant.

  9. Béné dit :

    >Alors alors !!J'insiste mais je me demande bien pourquoi ça n'a pas marché depuis les dernières fois !

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