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Publié par le 15 jan, 2011 dans Littérature | commentaires

>Épique [WILLIAM S. MESSIER]

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Épique, William S. Messier
Édition Marchand de Feuilles
2010
Tout d’abord, je dois être parfaitement honnête et avouer que ce fût pour moi un billet ardu à faire. Ce livre, j’en avais souvent entendu parler (j’ai suivi et suis encore le blogue de l’auteur pendant un certain temps, des amies à moi qui travaillent avec lui avaient été très élogieuses sur son roman, etc.) Bref, j’avais très envie de le lire et c’est donc en allant faire un tour au Salon du livre que j’ai mis la main sur Épique, la deuxième parution de William S. Messier. 
Tout d’abord, l’histoire: Dans le tout Brome-Missisquoi, l’été 2005 fait partie du folklore. Il s’agit de l’été du grand déluge, celui où il avait tant plu que la population locale avait dû se rassembler au sommet des monts Glen, Sutton, Pinnacle, ou Bromont pour ne pas être emportée par les flots. Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait au moment où la pluie a commencé à tomber. Étienne, lui, ramassait des charognes le long des routes de la région, emploi qu’il avait accepté sans réfléchir parce qu’il s’était trouvé grandement déconcentré par les beaux yeux d’Élisabeth, la charmante préposée au comptoir de l’assurance-emploi qu’il surnomme : la licorne. C’est donc avec un boulot d’équarrisseur pigiste qu’Étienne entame la saison estivale, aux côtés du légendaire Jacques Prud’homme. C’est toute une chance, car on dit de ce dernier qu’il est pourvu du don d’ubiquité : il peut défricher une forêt au grand complet à la hache, remporter un concours de mangeurs de hot-dogs et claquer un grand chelem lors d’une partie de balle-molle régionale en même temps. Épique est le récit d’un été en pick-up dans les Cantons-de-l’Est. Avec ce premier roman, William S. Messier parle de la terre, d’exploits agricoles, de déluge et de héros. Il livre un récit tissé de légendes en technicouleur qui défilent comme sur un écran de jeu vidéo.
J’ai lu Épique en deux fois: je me suis rendue aux alentours de la page 90 pour arrêter, complètement essoufflée par le rythme fou, l’avalanche d’informations, le débit de mots et d’idées qui s’entassaient dans cette seule centaine de pages. Pourtant, le début m’avait réellement plu. En effet, Étienne – le personnage principal – commence le récit en travaillant dans un entrepôt où il doit faire l’inventaire du stock, boulot aliénant qu’il quittera en oubliant de remettre à la compagnie le lecteur optique. Cet objet lui permettra, tout au long de l’histoire, de scanner les éléments qui tomberont sous sa main: animaux morts, objets, personnes, etc. L’idée est superbe: grâce à ce petit gadget, on a droit aux commentaires absolument savoureux de la part de l’auteur et on assiste aussi a une observation détaillée de l’univers d’Étienne et de cet été diluvien. 

La prémisse est donc brillante et originale: ça n’a pourtant pas suffit à me transporter. Car déluge il y a dans les Townships où se déroule l’action, mais aussi dans la tête d’Étienne qui déblatère, nous offre un torrent de réflexions qui, les unes après les autres, s’accumulent à une vitesse effrénée. J’ai me suis sentie proche de l’overdose et j’ai eu besoin de reposer ma tête un peu. J’ai donc posé Épique pour le reprendre quelques semaines plus tard, prête à en finir avec la bête. 

Et, à partir de ce moment, la lecture est devenue fluide, aisée et j’ai poursuivi d’un seul trait ou presque jusqu’à la fin du bouquin. J’étais étonnée de cette facilité à y embarquer et enfin pouvoir m’intéresser aux personnages de ce livre (Jacques Prud’homme, Valvoline, entre autres) , ma foi, tout à fait particulier. Pour m’aider à écrire ce billet, je me suis inspirée des commentaires, passés ici et là, par divers critiques et articles qui s’attardaient sur le bouquin. Par exemple, j’étais tout à fait d’accord avec les commentaires du Club de lecture de Bazzo.tv., soit que le résultat est confus et sans réel début ni fin, qu’on nous bombarde d’informations sans réelles connexions. En même temps, on pourrait dire que l’effet colle à cette idée de capharnaüm qui s’installe doucement. Sur ce même site (Bazzo.tv), je suis aussi tombée sur le commentaire d’une spectatrice (Lisa G. de Hemmingford) qui disait, entre autre, ceci: « Les livres optimistes comme Épique sont rares. La narration a le souffle que prennent les histoires de pêche avec le ton de l’exagération et les rebondissements qui font sourire. »

Et j’ai trouvé cela tellement vrai, tellement juste. Ce roman est tout à fait optimiste. Jamais on ne tombe dans le pathos, les personnages sont tous de bonne foi, solidement ancrés à leur façon très positive de voir la vie et, en somme, ça fait du bien. Tout ce qui s’y passe est invraisemblable, tout comme le dit si justement cette Lisa G, de véritables histoires de pêches ou l’on ne croit pas la moitié de ce qui nous est dit, où l’on perd le fil de temps à autre, mais qu’on n’arrêterait d’écouter pour rien au monde. Parce que ça console du quotidien, que ça change le mal de place. 

Oui, il est important de souligner que ce roman est positif, mais surtout, il faut insister sur le fait que l’on nous parle d’hommes optimistes. Sans qu’ils deviennent démasculinisés. Ils sont forts et faibles à la fois, intelligents et sensibles. Ce sont de très beaux personnages. Et on ne réduit pourtant pas le rôle féminin: Valvoline est  aimé et respectée, Élizabeth, la licorne, est désirée voire adulée. À travers le nombre incalculable de romans qui sont parus et qui nous parle d’hommes désabusés, de loosers, de déprimés, ce bouquin détonne et nous amène vers autre chose, loin de ce type de personnage qu’on a vu et revu depuis quelques années et dont on est saturé. Tout va mal, souvent d’accord, mais ça va bien de temps à autre non? William S. Messier semble y croire en tous cas. Et il est plutôt convaincant. 

Ainsi, le bouquin porte très bien son nom: un récit épique sert à rendre avec grandiloquence les faits d’armes des chevaliers. D’ailleurs, on ne nomme pas la jeune demoiselle inaccessible « la licorne » pour rien: un rêve, une chimère, un impossible combat. Mais une si belle histoire à raconter. 

Lecture difficile en partie oui, mais belle découverte. Heureuse d’être arrivé à entrer dans l’univers chaotique de ce monsieur Messier de qui je vais maintenant lire Townships, mon tout dernier emprunt à la bibliothèque. Une lecture qui s’impose pour découvrir un auteur qui sort de l’ordinaire, qui amène – réellement et l’expression n’est pas galvaudée ici, je ne suis pas la seule à le dire – un nouveau souffle à la littérature québécoise. Et on le remercie grandement pour ça. 

Petit bémol qui n’a rien à voir avec l’auteur ni son écriture: pourquoi l’éditeur Marchand de feuilles à délaissé ses anciennes couvertures au style vieillot/vintage pour un graphisme absolument aliénant et criard? Je ne comprends pas…

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. […] a ensuite publié un premier recueil de nouvelles, Townships, en 2009, suivi par un premier roman, Épique, en 2010. Il nous a présenté son deuxième roman, Dixie, en 2012. Ces ouvrages sont tous publiés […]

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