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Publié par le 15 mai, 2010 dans Cinéma | commentaires

>L’Empreinte de l’ange [NANCY HUSTON]

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Je me lance en ce moment dans les œuvres de Nancy Huston, écrivaine que j’avais mise de côté depuis trop longtemps. J’en suis donc à ma troisième lecture et je dois dire que je découvre une auteure extraordinaire, une véritable conteuse d’histoires. Ma dernière découverte en liste: L’empreinte de l’ange
Se passant dans un Paris bouleversé par la Guerre d’Algérie (1954-1962), l’histoire débute par une étrange rencontre. Saffie, jeune allemande au passé mystérieux se présente chez Raphaël, musicien de profession, qui cherche une bonne pour s’occuper de son ménage et ses repas. Il tombe amoureux sur le champ de cette étrange jeune femme sur qui tout semble couler sans lui faire le moindre effet. Passive, presque catatonique, elle accepte les élans amoureux de Raphaël, se plie même à sa demande en mariage – qui survient seulement une quarantaine de jours après l’avoir engagée – toujours sans dire un mot ou presque, complètement impassible. Elle tombera enceinte et demeurera dans le même état, qui sera éventuellement pire. Même si Raphaël est troublé de ce comportement, il a l’espoir qu’il la fera changer, qu’elle deviendra la femme aimante et chaleureuse qu’il désire. 
Cela se produira, mais dans des circonstances dont il ne doutera jamais la portée. En effet, alors que Saffie est un jour chargée d’aller faire réparer la flûte de son mari, celle-ci rencontre Andràs – hongrois et étranger lui aussi à Paris – et tombe instantanément amoureuse de ce dernier. Le coup de foudre est réciproque et Saffie ouvrira enfin la brèche qui est en elle. Débutera alors le quotidien de Saffie, entre deux hommes, son fils Emil entre deux pères et son mari, toujours en tournée avec son orchestre, ne se doutera jamais de rien. Ou presque. Sur trame de fond  de conflits politiques et de témoignages de la guerre, on apprendra à connaître le couple de Saffie et Andràs, avec quelques apparitions ponctuelles de Raphaël, éternel dernier. 
Magnifique écriture, une façon toute personnelle de raconter les choses, un récit qui nous happe et nous tient en haleine jusqu’à la toute fin, une construction brillante. 
Elle écrit, sur l’amour:
 » Dans chaque histoire d’amour fou il y a un tournant; cela peut venir plus ou moins vite mais en général cela vient assez vite; la plupart des couples ratent le tournant, dérapent, font un tonneau et vont s’écrabouiller contre le mur, les quatre roues en l’air. La raison en est simple: contrairement à ce qu’on avait cru pendant les premières heures, les premiers jours, tout au plus les premiers mois de l’enchantement, l’autre ne vous a pas métamorphosé. Le mur contre lequel on s’écrase après le tournant, c’est le mur de soi. Soi-même: aussi méchant, mesquin et médiocre qu’auparavant. La guérison magique n’a pas eu lieu. Les plaies sont toujours là, les cauchemars recommencent. Et l’on en veut à l’autre de ce qu’on n’ait pas été refait à neuf; de ce que l’amour n’ait pas résolu tous les problèmes de l’existence; de ce que l’on ne se trouve pas, en fin de compte, au Paradis, mais bel et bien, comme d’habitude, sur Terre. »
Et sur les êtres humains et leurs atrocités:
« Faibles nous sommes, et craintifs, et surtout las, las. Aveugles et muets nous sommes, les yeux bandés par nos propres mains, la gorge obstruée par nos propres cris. Nous ne savons guérir notre douleur, seulement la transmettre, la donne en héritage. Tiens chéri. Nous avançons grotesquement, à cloche-cloche, écartelés: un pied dans nos petites histoires et l’autre dans l’Histoire du siècle. […] Arbitraire vertigineux de nos trajectoires. Fol enchevêtrement de nos mobiles. Kaléidoscope de nos malentendus. »
Un roman touchant, sensible, beau et dur à la fois. Une autre création qui me convainc de continuer à suivre les écrits de Nancy Huston pour y découvrir d’autres perles…

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. Fibula dit :

    >Je suis très contente que tu aies poursuivi avec celui-ci !

  2. >Merci de tes suggestions! :)

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